Interview de l’A.N.G.C au Salon de la copropriété 2018

Nouvelle interview, celle de l’Association Nationale des Gestionnaires de Copropriété, laquelle s’adresse autant aux gestionnaires qu’à leurs équipes (assistants, comptables..), force de communication nouvelle dans le métier de syndic.

A l’occasion du 25ème salon de la copropriété à Paris, rencontre est faite avec l’équipe dynamique de l’ANGC. Cette association a pour objet de vous faire découvrir les coulisses du métier des « gestionnaires » d’immeuble et de leurs équipes, salariés ou indépendants au sein des cabinets de syndic. L’interview a été réalisée en compagnie de Dina De Paula, gestionnaire de copropriété depuis 2003 et nouvelle recrue au sein de l’association, et Gilles Frémont, Président de l’association.

 

Dina De Paula, membre de l’ANGC

Bonjour Dîna et Gilles et merci d’avoir accepté de répondre à cette interview. Pouvez-vous me décrire en quelques mots l’A.N.G.C ? 

 « L’Association Nationale des Gestionnaires de copropriété a été créée en 2017 sur l’initiative conjointe de Gilles Frémont, Directeur copropriété au sein d’une structure familiale d’administration de biens et de Nafy-Nathalie Diop, Gestionnaire de copropriété au sein d’un groupe national.  Face au constat de l’isolement des gestionnaires et des équipes de gestion dans leurs cabinets respectifs, il a été proposé de réunir l’ensemble des acteurs professionnels de la copropriété sous la bannière de notre association, première organisation professionnelle du métier, avec l’enjeu de promouvoir notre métier et revaloriser son image. L’association est indépendante, et ses membres actifs sont tous des bénévoles. »

Combien d’adhérents comptez-vous à ce jour et sous quelle forme de structure l’ANGC fonctionne-t-elle ?

« Nous comptons à ce jour 200 adhérents et nous avons des sections actives en province. Le bureau est constitué de 6 membres actifs. Nous organisons des conférences pour nous faire connaître auprès des différents acteurs du métier (fédérations, cabinets d’administration de biens, copropriétaires, …). Nous intervenons dans les écoles et centres de formation avec l’intention de créer un cursus de formation dédié à la copropriété. Notre premier pas en ce sens est la création d’une option copropriété au BTS comptabilité gestion du campus Monsouris, laquelle est un succès. Nous tentons enfin de nous mobiliser pour avoir aussi un impact sur les évolutions législatives actuelles. Nous avons notamment écrit des amendements à la loi Elan qui ont été débattus. »

 

Gilles Frémont, Président ANGC

Votre association a réalisé en 2017 une enquête transversale sur les équipes de gestion (comptables, assistant.e.s..) portant à la connaissance de tous, les cursus diversifiés des équipes (âges, sexe, et rémunération). Votre activité tend-elle à faire naître en France une corporation de gestionnaires – au sens large – permettant la reconnaissance des valeurs du métier et, qui plus est, l’essor d’une profession qui pourrait un jour devenir une profession libérale assimilée ? Votre approche est- elle syndicaliste ?

« Nous ne sommes pas un syndicat et n’avons aucune volonté en ce sens. Un syndicat a pour enjeu de défendre des salariés vis-à-vis de leurs employeurs, or nous nous contentons de diffuser des informations (si elles nous sont demandées) sur la Convention collective et le droit du travail d’une manière générale à nos adhérents. Notre objectif statutaire est la promotion de notre métier, et englobe les thématiques liées à l’environnement ou les conditions d’exercice de notre métier. Cette promotion s’effectue au travers d’interventions en milieu universitaire que nous effectuons à Paris et en province, au cours desquelles nous présentons notre métier et l’éventail des disciplines en jeu (gestion des travaux, gestion des contentieux liés aux impayés, suivi des procédures judiciaires,  dossiers de dégât des eaux, tenue des assemblées générales..) au moyen de diapositives-métier avec une présentation des salaires et des compétences. Un second pan de notre activité est le lobbying auprès des instances législatives, avec le dépôt d’amendements dernièrement dans le cadre de l’adoption de la loi ELAN. Nous sommes également actifs près des fédérations immobilières que sont l’UNIS et la FNAIM. Nous espérons ainsi susciter un regain d’intérêt pour notre métier, notamment auprès des jeunes générations, et palier à la pénurie actuelle de gestionnaires qui engendre des tensions sur le marché. »  

Vous m’avez indiqué Dîna, au cours de votre parcours de gestionnaire de copropriété, avoir eu l’occasion de faire partager votre activité professionnelle le temps d’une journée de travail, à un copropriétaire. Quelles ont été les conclusions du copropriétaire concerné au terme de ce « vis ma vie » un peu singulier ?

« Le copropriétaire en question a découvert une activité dont il ignorait quasiment tout…les urgences qui tombent à n’importe quelle heure de la journée, et qui remettent en question l’organisation prévue (fuites, chantier qui présente des difficultés, dossier urgent..), les allées et venues multiples au sein des services du cabinet mais aussi sur les immeubles. Notre métier n’est pas une activité de bureau comme beaucoup le croient ! Il s’agit avant tout de déplacements et de gérer des problématiques d’urgence, de répondre à l’anxiété justifiée ou non des copropriétaires et de trouver solution à tout problème, qu’il soit d’ordre juridique ou comptable. Notre métier est passionnant mais fatiguant, et nécessite une excellente gestion du stress. Dans un monde où l’information circule à une vitesse fulgurante, nous devons répondre à l’empressement de la clientèle en essayant de ne pas la décevoir. Faire connaître ce métier, c’est faire comprendre aussi ses paradoxes.»

Est-ce l’une des motivations premières de l’A.N.G.C ?

« Oui, car nous sommes convaincus que faire partager la connaissance de notre métier sera salvateur pour notre profession encore méconnue et souvent incomprise. Notre savoir-faire est précieux et singulier. Nous ne voulons pas que les jeunes générations tournent le dos à un métier qu’ils peuvent croire trop difficile. Nous souhaitons au contraire, que la reconnaissance de notre activité nous serve de tremplin pour diminuer le turn-over actuel bien connu des cabinets d’ADB. Ce changement fréquent des gestionnaires est source de mécontentement croissant des clients car il faut de la stabilité pour une gestion qui ait du sens, et trop de changements aboutissent à des complications sur les portefeuilles pour les gestionnaires qui les reprennent.  En somme, nous demandons plus de transparence sur notre activité pour améliorer notre visibilité, et pouvoir ainsi avancer en confiance avec les copropriétaires et nos employeurs. »

Pensez-vous réussir de cette façon à corriger les articles malencontreux des marronniers qui ternissent l’image des syndics et sont source de méfiance auprès de la clientèle ?

 « C’est une logique de continuité. Nous faire connaître et par-delà, nous faire respecter. Si les dirigeants des cabinets d’ADB jouent le jeu, ils en bénéficieront directement avec des équipes stabilisées et donc une clientèle rassurée. Nous avons tous à y gagner, nous gestionnaires, et les dirigeants des cabinets. L’image du syndic en France est ternie, nous avons à cœur de la faire revaloriser. L’image des gestionnaires est par ailleurs plutôt bonne et nous nous en réjouissons.»

Votre enquête révèle des taux horaires excessivement bas si l’on rapporte le salaire mensuel moyen aux nombres d’heures élevé effectué, les assemblées générales et Conseils syndicaux étant souvent tardifs et parfois d’une durée importante, est-ce là aussi l’un des enjeux de l’A.N.G.C ?

« Complètement. En moyenne, les résultats de notre enquête indiquent un nombre d’heures hebdomadaire se situant entre 41H et 55H, parfois plus. Si l’on prend pour base un salaire annuel moyen de 30 K€, cela revient à une rémunération 10,65 € bruts. Rappelons que le SMIC horaire est de 9,98 €… pour des portefeuilles pouvant atteindre jusqu’à 60 immeubles.  Faire reconnaître notre statut et notre savoir-faire ne peuvent que contribuer à évoluer vers des salaires en adéquation avec notre engagement. Tout est lié, et le gestionnaire de demain devra aussi être opérationnel sur le plan juridique, tandis que les évolutions juridiques galopent et nous prennent de court. Nous devons savoir nous adapter, et pérenniser nos acquis. Cela nécessite une mise en valeur de nos compétences, et la reconnaissance de notre savoir-faire très particulier car transversal. La formation professionnelle continue est sur le point d’être rendue obligatoire ; nous sommes des spécialistes, et nous nous voulons avant tout être des partenaires des dirigeants de cabinet »   

Un mot en guise de conclusion ?

« L’ANGC se veut être porteuse d’un espoir, celui du savoir-faire de 50 000 collaborateurs en France. Nous l’avons vu récemment avec l’exemple alarmiste de Marseille, le patrimoine des copropriétés nécessite un investissement et un entretien régulier. Les gestionnaires sont des hommes et des femmes de terrain, il nous appartient entre-autre aussi de révéler au quotidien les pathologies des immeubles afin de pouvoir les traiter.  Ce rôle de la pérennisation de l’habitat peut contribuer utilement à la prévention des risques, nous en sommes conscients. Notre rôle est au final assez large, et mérite d’obtenir des moyens pour parvenir à des résultats efficients. Nous souhaitons que notre association permettre cette prise de conscience et la revalorisation d’un métier encore négligé, ce qui conduira parallèlement à sécuriser le patrimoine des immeubles et redonner une image de confiance des cabinets d’administrateurs de biens »

 

L’équipe réunie sur le stand du salon ANGC
Nafy-Nathalie Diop, Secrétaire de l’ANGC

 

 

     

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